A la Libération, les horreurs de la seconde guerre mondiale ont remis au goût du jour cette idée simple :
la démocratie ne tombe pas du ciel, elle s’apprend et s’enseigne.
Pour être durable, elle doit être choisie ; il faut donc que chacun puisse y réfléchir.
L’instruction scolaire des enfants n’y suffit pas.
Les années 1930 en Allemagne et la collaboration en France ont démontré que l’on pouvait être parfaitement instruit et parfaitement nazi. Le ministère de l’éducation nationale convient donc qu’il incombe à la République d’ajouter un volet à l’instruction publique : une éducation politique des jeunes adultes.
Extrait De l'education populaire à la domestication de la "culture"
Article de Franck Lepage, Le Monde diplomatique, mai 2009 - ICI
"La démocratie, c'est chiant. C'est le fascisme qui est naturel"
@ux sources de Franck Lepage
C'est à coup de "conférences gesticulées" que Franck Lepage a décidé de travailler. Des spectacles, mi-conférence, mi-one-man-show, qui durent souvent plus de deux heures.
Il y sème ses principes d'éducation populaire : donner à tous des clés pour comprendre, et critiquer, le monde qui les entoure.
Maja est allée rencontrer Franck Lepage chez lui, près de Carhaix en Bretagne. Il lui a exposé la mission que s'est fixée sa coopérative, Le pavé : "réintroduire du politique dans le débat public". Ses membres se déclarent "heureux de contribuer à faire résonner des critiques radicales de la culture, de l’écologie, de la démarche qualité, de la participation et du développement, de diffuser des pratiques militantes humanistes, joyeuses et offensives, de donner un statut à l’indignation et aux états d’âme".
Emission d'@rrêt sur images - 24/08/2012
Franck LEPAGE : Inculture(s)
"L’éducation populaire, monsieur, ils n’en ont pas voulu..."
(Une conférence gesticulée)
VIDÉO ICI
Préférer pour une première approche le découpage en différentes parties / 2ème partie, Le metier de la Culture.
EXTRAIT :
Vous avez peut-être remarqué que le pouvoir fait un travail considérable sur les mots. Je ne sais pas si cela vous a frappés ? Il y a des mots qui disparaissent et il y a des mots qui apparaissent. Vous avez peut-être lu George Orwell, 1984.
Le ministère qui fait la guerre, s'appelle " ministère de la paix ", celui qui gère la pénurie s'appelle " ministère de l'abondance " etc.
Chez nous il y avait un Ministère du travail qui défendait le droit du travail ; puis, c'est devenu un ministère " du travail et de l'emploi ", avec deux directions dont une défendait le droit du travail et l'autre l'attaquait (au nom de l'emploi : n'importe quel emploi) ; aujourd'hui, vous n'avez plus qu'un ministère " de l'emploi et de la solidarité " dont le but est de démolir le droit du travail.
Les linguistes expliquent cela très bien. Ils expliquent que les mots, c'est ce qui permet de penser. Non pas : " Je pense la réalité sociale, puis je fabrique des mots ", ça ne marche pas comme ça ; c'est plutôt : " Il y a des mots, et avec ces mots, je peux penser la réalité sociale ".
Donc, si on m'enlève des mots et si on m'en met d'autres à la place, je ne vais pas la penser de la même manière, la réalité sociale.
Un philosophe aujourd’hui oublié, Herbert Marcuse, nous mettait en garde : nous ne pourrions bientôt plus critiquer efficacement le capitalisme, parce que nous n’aurions bientôt plus de mots pour le désigner négativement.
30 ans plus tard, le capitalisme s’appelle développement, la domination s’appelle partenariat, l’exploitation s’appelle gestion des ressources humaines et l’aliénation s’appelle projet. Des mots qui ne permettent plus de penser la réalité mais simplement de nous y adapter en l’approuvant à l’infini. Des « concepts opérationnels » qui nous font désirer le nouvel esprit du capitalisme même quand nous pensons naïvement le combattre... Georges Orwell ne s’était pas trompé de date ; nous avons failli avoir en 1984 un « ministère de l’’intelligence ». Assignés à la positivité, désormais, comme le prévoyait Guy Debord : « Tout ce qui est bon apparaît, tout ce qui apparaît est bon. »
Sous forme humoristique, Inculture(s) pointe comment le langage courant tend à évacuer les rapports de force qui sont pourtant au cœur de la réalité sociale qu’ils désignent. Il n’est pas anodin, par exemple, de remplacer les « chômeurs » par les « demandeurs d'emploi », de parler de "zone sensible" plutôt que de "quartier pauvre" ou d’afficher "vidéo protection" plutôt que "vidéo surveillance". Le langage commun est le résultat de rapport de force et ses mots construisent notre réalité. Il y a un enjeu politique à dévoiler ce que dissimule cette apparence de consensus.
Bon allez encore deux, trois :
Licenciement collectif = plan de sauvegarde pour l’emploi - Licencié = décruté - Précarisation salariale = flexisécurité - Récession = croissance négative - Bombardement = frappe chirurgicale - Mort de civils = dégâts collatéraux …
TEXTE de la conférence gesticulée
Et ici en PDF TEXTE_INCULTURE_S_
Le site du Pavé
SCOP LE PAVÉ